Confluences 81 n° 141 (nov. 2019) : édito

VIOLENCES

Toute société repose sur un «contrat» qui devrait exclure par définition la violence. Pourtant l’Histoire semble retenir surtout les épisodes les plus sombres, les guerres, les guérillas, les assassinats. Les journaux qui évoquent l’actualité préfèrent eux aussi s’attarder sur les scènes les plus violentes, ce qui leur donne «de la matière»…Lectrices, lecteurs, ne soyez point étonnés si ce numéro de Confluences 81 s’intéresse à ce sujet, non par goût du «gore», mais par désir d’analyser ce phénomène à travers ses diverses rubriques. Détaillons un peu : la couverture dessinée par N’Marc donne le ton de ce numéro, accentué par notre «coup de c(h)oeur», La Chanson de Craonne, d’actualité en ce mois de novembre.

Les violences sociale, écologique, politique sont également abordées dans ce numéro : mines de tungstène, ferme des 200 000 poules, Sivens qui «renaît de ses cendres», la plateforme des Portes du Tarn (voir la rubrique «Dans le Tarn» pages 4 et 5). Violences policières en Grèce, violences des «Identitaires» en France (pages 6 et 7).

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Nos jeunes ne lâchent rien !

Lettre à M. François Hollande, président de la République, à son gouvernement, et à tous les hommes et femmes politiques,

121 page 3 Marc N'GC’est en humble citoyenne que je m’adresse à vous, grands pontes de la politique, à vous qui, dès que possible, avez posté vos commentaires larmoyants sur les réseaux sociaux après la nouvelle des attentats de Nice. Vous qui vous êtes aussitôt empressés de glisser critiques acerbes, solutions personnelles et mesures à prendre derrière chaque expression de douleur à l’égard des victimes. Vous qui, tels des charognards, vous êtes arrachés les restes des 84 corps encore chauds et étalés dans la rue sous un mince tissu, vous qui avez sucé tels des vampires les perfusions des blessés à l’hôpital de Nice, vous qui avez pavé la promenade des Anglais de désolations savamment calculées comme on pave l’enfer de bonnes intentions. Vous pour qui l’état d’urgence est devenu banal et se doit d’être durci, pour qui la liberté des citoyens n’est rien face à la cuisante défaite de subir les retombées de vos actes, et dont les innocents font les frais. Car si la France n’est pas la seule, il est inutile d’essayer de se cacher davantage derrière le rôle que les États-­Unis ont pu jouer dans la création de l’État Islamique (qui s’est construit, rappelons-­le, sur les cendres de Saddam Hussein après une guerre préventive en 2003 complètement opposée au droit international). Ne sommes-nous pas de ceux qui ont régenté le Moyen ­Orient au lendemain de la 1ère Guerre Mondiale ? De ceux qui ont écartelé les peuples à grands coups de crayon tracés sur une carte en oubliant qu’ils ne manipulaient pas que des gisements de pétroles et des lieux stratégiques mais bien des populations ? De ceux qui ont accueilli Kadhafi car il avait du pétrole puis l’ont désigné comme ennemi despotique qu’il faut détruire, sans pour autant oublier son pétrole ? Partout où nous prétendons apporter la paix, nous semons la haine. Alors en France on pleure, mais on pleure de quoi ? Des victimes des attentats sur notre sol ou des erreurs qu’on a commises et qui finissent fatalement par nous éclabousser ? Alors, bien sûr, hommage aux victimes qui étaient là simplement pour un feu d’artifice et qui ont dû connaître l’horreur, mais hommage aussi à toutes les victimes anonymes que la France assassine dans le secret et dont personne ne semble se soucier. Je vous invite, vous qui tenez tant à continuer de bombarder la Syrie, à prendre – une fois n’est pas coutume – le temps de réfléchir posément. Regardez le reportage « Eau Argentée », qui est disponible sur internet. Regardez­-le vraiment et osez réitérer vos propos guerriers sur ce pays détruit, où aucun être-­vivant n’est épargné et où les enfants les plus jeunes ont assimilé le concept de sniper. Là-­bas, ce qu’il s’est passé à Nice survient tous les jours – et aucun Syrien ne dispose des cellules d’aides psychologiques qui ont été mises en place dès la première heure après l’attentat, ni même de la qualité des soins qui sont délivrés aux blessés.

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