Confluences 81 n° 125 : rubrique “femmes”

Catherine Duchemin Girardon (1630-1698)

Catherine Duchemin est née à Paris. Son père est maître sculpteur. La fréquentation de l’atelier de son père lui donne le goût du dessin, de la peinture. Elle peint des fleurs, des natures mortes, car une femme peignant des corps, nus de surcroît, était alors très mal perçu en ce temps-là. En 1657, elle épouse un de ses voisins habitant la même rue, le jeune sculpteur François Girardon.

En avril 1663, après l’examen et la réception de ses œuvres par le jury, elle devient la 1ère femme à entrer à l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture*. Une fois roi, Louis XIV décide d’offrir leur chance à « (…) tous ceux qui excellent dans les arts de Peinture et de Sculpture (…) sans égard à la différence du sexe (…) ».

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Confluences 81 n° 124 : rubrique “femmes”

Anna Maria Van Schurman (1607-1678)

Née à Cologne dans le Saint Empire romain Germanique, au sein d’une famille d’origine calviniste, elle bénéficie très tôt d’un enseignement littéraire et artistique de la part de ses parents, ce qui lui permet de savoir lire l’allemand dès l’âge de 4 ans. Elle développa des talents en dessin, peinture, sculpture, gravure, poterie, poésie. Mais aussi, elle chantait et jouait du clavecin et du luth (à tel point que la poétesse et graveuse néerlandaise Anna Visscher l’encense dans un poème en 1620).

En 1632, elle entre en contact épistolier avec le théologien français André Rivet* notamment pour débattre de la question de savoir s’il était adapté à une femme chrétienne d’étudier les sciences, la Bible, la théologie, la littérature, les Arts…

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Confluences 81 rubrique “femmes” : n° 123

123-page-20-sophia-brahe-1556-1643-scientifique-danoiseSophia Brahe (1556-1643)

Sophia Brahe est née en Scanie, province alors danoise devenue depuis suédoise. Dernière née d’une famille de huit (ou dix) enfants, dont le père était conseiller du Roi du Danemark* et la mère proche de la cour de le reine. D’origine noble, elle a pu recevoir une éducation privée, lors de laquelle elle apprend l’allemand et la littérature classique. Son frère aîné, Tycho Brahe, deviendra un brillant astronome**, et influence sans doute son intérêt pour l’observation du ciel, notamment lors de l’éclipse de lune de décembre 1573.

Initiée à la chimie et à l’horticulture par son frère Tycho, provoquant ainsi une tension au sein de la famille qui estimait qu’étudier les Sciences était une perte de temps pour des gens de la noblesse et les aurait préférés à la cour du roi.  

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Confluences 81 rubrique “femmes” : n°122

122-page-20-kahenaDihya « Tadmut La Kahena »* (674-704)

 

Les Berbères se sont longtemps dressés contre l’envahisseur romain. Au VII° siècle, un autre envahisseur tente de conquérir et de convertir l’Afrique du Nord à une nouvelle religion. Une guerrière berbère s’est dressée, pendant quelques années, contre l’avancée des armées musulmanes vers l’ouest du Maghreb.

Cette princesse des Aurès, Dihya, devint cheffe d’une tribu probablement zénète** après la mort du chef, son propre père. Pour venger les massacres dont furent victimes de nombreux berbères, elle donne l’ordre*** de tuer le général Oqba Ibn Nafi Al Fihri, responsable des tueries. L’exécution de ce général Omeyyade (en 683) par une coalition carthagino-berbère déclenche une nouvelle guerre entre Berbères et Arabes.

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Confluences n° 121 : rubrique “femmes” 13ème article

121 page 16 Artemisia Losi Gentileschi autoportrait (2)Artemisia Gentileschi (1593-1653)

Fille du peintre toscan Orazio Gentileschi, disciple du célèbre Le Caravage, elle montre très jeune un intérêt et un talent pour la peinture. Ses portraits sont clairement influencés par Le Caravage qu’elle a rencontré plusieurs fois dans l’atelier paternel. Mais les Académies d’Arts de l’Italie du XVII° siècle gardent leurs portes fermées aux filles et aux femmes voulant étudier les Arts, notamment parce que le Pape leur refusait le droit d’observer des modèles masculins nus.

En 1611, son père l’envoie alors apprendre la peinture chez Agostino Tassi, un peintre avec qui il travaille dans le palais Rospigliosi de Rome. Seule avec son professeur, celui-ci la violera. La jeune Artemisia se plaint de ce viol auprès de son père. Pour éviter des poursuites, comble de l’ironie, le violeur propose d’épouser sa victime. Orazio Gentileschi porte le viol de sa fille devant le tribunal papal. Lors du procès, pour s’assurer de la véracité des accusations qu’elle porte contre son professeur, elle est soumise à la Question. Traduction : elle est torturée. Malgré les souffrances endurées, elle maintient ses accusations*. Le violeur est condamné à un an de prison (ou de galère), qu’il n’effectuera pas grâce à des soutiens haut placés.

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Confluences n° 120 : rubrique “femmes” (12ème article)

120 page 20 Espagne isabel Barreto (1567-1612)C’est pas (seulement) l’homme qui prend la mer ♫ Isabel Barreto de Castro (1572-1612)

Il m’est arrivé d’entendre, de la part de personnages étroits d’esprit, l’idée saugrenue que les femmes devaient restées dans leur foyer*, voir même se cantonner dans la cuisine. Selon ces mêmes grands penseurs, l’extérieur, les grandes découvertes, les grandes aventures sont des domaines réservés aux seuls et vrais « zhommes » !

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Confluences n° 119 : rubrique “femmes” (11ème article)

Maria « Pita » Mayor Fernàndez de la Camara (1560-1643)119 page 20 Espagne Maria Pita (1560-1643) (2)

Certains vous diront sans doute que les armes, les batailles, les guerres sont une affaire d’hommes. Des valeurs telles que la virilité, le courage, l’intrépidité sont requises pour cet art. Et ces valeurs là, et bien voyez-vous, on dit qu’elles sont « masculines ». On prendra pour preuve les faibles effectifs de femmes au sein des armées officielles, au sein des groupes de guérilla (même si les certitudes prennent du plomb dans l’aile avec les combattantes kurdes qui luttent vaillamment contre Daech !), mais on ne se posera pas la question des interdits et des obstacles qui ont longtemps empêché les femmes d’accéder à de telles fonctions. On ne vous parlera pas non plus du nombre impressionnant de femmes militaires violées au sein de l’armée française ou au sein de l’armée des USA (toutes les 3 heures, une militaire étasunienne est violée). Elles seront sans doute considérées comme victimes collatérales d’un corps de métier rude, viril, qui a ses propres règles, dont celle de l’omerta… Aucun nom d’héroïne guerrière ne leur viendra à la bouche, si ce n’est peut-être Jeanne d’Arc ! Comme tout et son contraire a déjà été écrit sur Jeanne la Lorraine, je ne m’y attarderai pas. D’autant que j’ai tendance à éviter les personnages admirés et récupérés par l’Extrême Droite Catholique !

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Marie Le Jars de Gournay

118 page 20 Marie Le Jars de Gournay (1565-1645) (2)Marie Le Jars de Gournay et la notion d’égalité

Marie Le Jars naquit en 1565 à Paris. Son père décède alors qu’elle n’a que 13 ans. Malgré l’éducation traditionnelle que tente de lui inculquer sa mère, peu enthousiasmant pour une fille, elle décide d’apprendre seule le Latin et le Grec ancien. Vers l’âge de 18 ans, elle découvre la 1ère édition des « Essais » de Michel de Montaigne qui sont pour elle comme une révélation ! En 1588, elle parvient enfin à rencontrer Montaigne. Bien que 35 ans ne les séparent, une forme de communion intellectuelle les unit*. Rapidement Montaigne la désigne comme sa « fille d’alliance » !

Devenue veuve en 1592, Françoise de Montaigne charge Marie le Jars de Gournay de publier une nouvelle édition des « Essais » avec des annotations du philosophe. Malgré cette publication, elle a du mal à se faire accepter au sein de l’intelligentsia européenne d’alors ! Heureusement Marie de Médicis et Richelieu lui octroient une pension royale, ce qui lui donne le privilège de publier ses propres écrits.

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Féminismes (Confluences 81 n° 116)

116 page 16 Louyse Bourgeois (1563-1636)Les premiers pas de la réflexion sur l’avortement thérapeutique en France.

Assez récemment, le 29 juin 2015, le Mozambique dépénalisait l’avortement (en même temps qu’il dépénalisait les relations homosexuelles). L’occasion pour moi de donner un coup de projecteur sur une femme oubliée dans la longue histoire de la lutte pour l’accès à l’avortement en France, Louyse Bourgeois. Elle est née en 1563 et décédée en 1636. En 1594, elle épouse Martin Boursier, un chirurgien, élève d’Ambroise Paré. En novembre 1598, elle obtient son diplôme de sage-femme et acquiert rapidement une renommée auprès des dames de la cour. Elle accouche la reine Marie de Médicis à six reprises. Elle est rétribuée 500 couronnes pour la naissance d’un garçon et 300 pour la naissance d’une fille.

En 1609, elle publie « Observations diverses sur la stérilité, perte de fruits, fécondité, accouchements et maladies des femmes et enfants nouveau-nés, », qui est considéré comme un des 1ers ouvrages d’obstétrique écrits par une femme (après celui attribué à Cléopâtre VII d’Égypte et ceux de la médecienne Trotula de Salerne au XI° siècle). Dans cet ouvrage, elle avoue avoir eu recours à des avortements thérapeutiques pour sauver la vie de la mère. Acte alors inacceptable ! Une cinquantaine d’années avant la publication de cet ouvrage, le roi Henri II promulguait son Édit de février 1556 qui obligeait les femmes et les veuves à se déclarer quand elles se trouvaient enceintes et réservait la peine de mort aux personnes qui se rendaient coupables d’infanticide (et par extension, d’avortement). On peut aussi voir dans cet Édit une tentative du pouvoir royal de reprendre au clergé la responsabilité de gérer l’avortement, longtemps « chasse gardée » des tribunaux ecclésiastiques.

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Anne de France

115 page 16 Anne de France (1461-1522) Régente de France (1461-1522)Anne de France et le Marteau des Sorcières.

Lorsque le roi de France Louis XI meurt en 1483, son fils, Charles VIII, pressenti pour lui succéder* n’a pas encore atteint l’âge de 14 ans, majorité donnant accès au trône**. Avant de décéder, le roi désigne sa fille, la princesse Anne de Beaujeu, duchesse de Bourbon, comme tutrice du futur roi, car il la considère comme la « moins folle des filles de France ». Elle est alors âgée de 23 ans et devra gagner sa légitimité face à son cousin, Louis, Duc d’Orléans*** lors des États Généraux de 1484****. En 1491, elle parvient à marier son frère avec Anne de Bretagne, préparant ainsi l’union du duché de Bretagne et du royaume de France. Charles VIII, fraîchement marié, se sent alors capable d’assumer seul la charge royale. Anne de Beaujeu, aussi nommée Anne de France, sombre alors peu à peu dans l’oubli et en profite pour écrire un ouvrage pour sa fille, « Les enseignements d’Anne de France, duchesse de Bourbonnais et d’Auvergne, à sa fille Susanne de Bourbon » sorte de manuel d’éducation des jeunes filles de l’aristocratie de cette époque.

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