Anna Göldin et l’accusation de sorcellerie

Article publié dans le n° 138 (mai 2019) de Confluences 81

Anna Göldin (1734-1782) et l’accusation de sorcellerie pour éliminer les femmes récalcitrantes. Anna Göldin est née dans une famille pauvre de confession protestante à Sennwald, petite commune de Suisse. Mère d’un enfant né hors mariage, sa réputation est déplorable dans une région et à une période où la procréation hors conjugalité est considérée comme immorale. De plus, elle est soupçonnée, comble de l’ignominie, d’avoir empêché la naissance de son second enfant (auto-avortement).

Malgré son faible pedigree, elle est employée vers la fin de l’année 1780 comme servante par le médecin Johann Jacob Tschudi, membre du tribunal local. Une des missions d’Anna est de s’occuper des 5 filles du couple. Un peu plus d’un an après son embauche, elle dépose plainte contre son employeur qu’elle accuse de viols répétés. Apprenant que sa victime a porté plainte contre lui, le docteur Tschudi l’accuse à son tour de sorcellerie et d’avoir empoisonné sa fille cadette, Anne-Miggeli, en glissant des épingles à nourrice et des aiguilles dans les plats et le pain de la gamine. La servante est alors exclue du domicile du médecin et trouve refuge chez un voisin peu à l’écoute des rumeurs publiques.

Quelques semaines plus tard, elle est arrêtée et accusée de pratiquer la magie noire. En février 1782, elle est envoyée dans le Canton voisin, à Glaris, où elle va être soumise à la torture (suspendue plusieurs heures par les pouces, les mains attachées dans le dos, des poids attachés aux chevilles). Forcément elle finit par « avouer » avoir pactisé avec le Diable.

Détenue en cellule en attendant son jugement, elle donne naissance à un enfant, probablement issu d’un viol du Docteur Tschudi, qui ne vivra pas bien longtemps, ce qui lui sera aussi reproché lors du procès. La cour statuant sur son sort était composée d’amis du docteur Tschudi. Elle fut rapidement condamnée à la décapitation sur la place publique, et en juin 1782, elle fut exécutée. Ses restes furent enfouis au pied de l’échafaud.

La presse fut assez imprécise sur le verdict de ce procès. Sans doute le tribunal voulut éviter de mentionner le terme « sorcellerie », accusation devenue désuète ! On la qualifia plutôt d’empoisonneuse.

Parmi le nombre impressionnant de femmes brûlées, décapitées ou écartelées (ou autre supplice, l’esprit de certains humains ne manquant pas d’imagination quand il s’agit de causer la souffrance et la mort) sous prétexte de « sorcellerie », un grand nombre d’entre elles l’ont été car jugées non conformes à ce que dictait la morale religieuse et patriarcale de leur temps ; d’autres avaient des connaissances très poussées des plantes médicinales et parfois même de plantes ayant des vertus contraceptives ou abortives, connaissances enviées par les hommes d’Églises et les savants se réservant la gloire des Savoirs ; d’autres l’ont été pour avoir éconduit un prétendant vexé et d’autres encore parce qu’elles possédaient (souvent par héritage) des biens convoités (dans de nombreux procès, une fois la victime éliminée, le juge et l’accusateur se partageaient les biens de leur victime). Un nombre non négligeable de femmes exécutées sous prétexte de sorcellerie l’étaient aussi car elles n’apportaient plus à la communauté (selon de vagues notions économico-sociales dénuées d’empathie et de dignité) : infertiles ou devenues trop vieilles pour donner des naissances ou lesbiennes se passant aisément des hommes.

Une procédure de réhabilitation a été entamée en novembre 2007 par le Grand Conseil du canton de Glaris. En août 2008, Anna Göldin est définitivement innocentée par le Parlement Cantonal de Glaris. Elle est considérée comme la dernière victime de la « chasse aux sorcières » en Suisse*. À l’endroit même où Anna fut décapitée se dresse aujourd’hui… un abattoir**.

Patrice K

* En Pologne, deux femmes auraient été encore été exécutées pour sorcellerie en 1793. Et en France, bien que les condamnations à mort pour sorcellerie n’étaient plus en vigueur depuis 1682, une femme accusée de sorcellerie fût brûlée vive par des paysans à Bournel (Lot & Garonne) en juillet 1826 et une autre en 1856 à Camalès (Hautes Pyrénées). ** Aurai-je cherché par cet élément anecdotique, à manipuler mon lectorat en essayant de lui inspirer de la méfiance vis-à-vis de ce type d’installation où est donnée la mort ?

2 conseils de lecture :

– « Anna Göldin, dernière sorcière » de Eveline Hasler (éditions L’Aire Bleue, 2015)

– « Sorcières, la puissance invaincue des femmes » de Mona Chollet (aux éditions Zones, 2018)

Agriculture et alimentation

Article publié dans le n° 137 (mars 2019)

Quelques réflexions autour d’agriculture, d’alimentation, de consommation, d’économie locale et de bien d’autres sujets.

Véronique et Denis sont installés comme maraîchers et éleveurs de buffles à Maurens-Scopont (81). Au fil des échanges sur les marchés de REVEL et de PUYLAURENS, au gré de diverses rencontres liées à des activités ou des engagements communs, l’idée a germé “d’un article pour Confluences”, reprenant les idées et les projets dont ils m’entretenaient. Les semaines et les mois passant, ponctués d’incidents informatiques divers, d’enregistrements et de prises de notes, le “projet d’article” s’est progressivement transformé en “projet d’articles”. Voici donc, pour donner une première idée de ce que pourra être la suite, un “article de présentation”

Jean FAUCHE

Ancrés dans la volonté de faire vivre une agriculture paysanne, nous avons, au fil du temps, acquis la conviction que le système économique qu’il était intéressant pour nous de développer, était un système d’économie locale, s’appuyant sur les réalités du pays, de la microrégion dans laquelle nous vivons et travaillons. Nous avons appris à voir l’échelle locale comme un lieu d’élaboration des processus de développement territorial. Développement prenant en compte les nouvelles attentes des consommateurs : fraîcheur des produits, qualité sanitaire, traçabilité, respect de l’environnement, des travailleurs, des animaux et réduire l’empreinte écologique de transport de marchandises, etc…

Ancrés dans la volonté de faire vivre une agriculture paysanne, nous avons, au fil du temps, acquis la conviction que le système économique qu’il était intéressant pour nous de développer, était un système d’économie locale, s’appuyant sur les réalités du pays, de la microrégion dans laquelle nous vivons et travaillons. Nous avons appris à voir l’échelle locale comme un lieu d’élaboration des processus de développement territorial. Développement prenant en compte les nouvelles attentes des consommateurs : fraîcheur des produits, qualité sanitaire, traçabilité, respect de l’environnement, des travailleurs, des animaux et réduire l’empreinte écologique de transport de marchandises, etc…

Cela nous a amenés à réfléchir sur la notion de développement territorial et la mise en place d’actions permettant d’aller vers sa réalisation et s’appuyant sur les ressources du territoire, la préservation et la valorisation des savoir-faire (en particulier les plus anciens à retrouver), la recherche de l’autonomie alimentaire pour le territoire… Ce qui nous a conduits à nous interroger au sujet des circuits de vente et/ou de distribution des produits. Ce qui pose la question de l’accès à tous, des relations avec les élus et les différentes structures administratives maillant le territoire. L’idée d’un développement pouvant réduire les inégalités sociales et réduire la pression sur l’environnement s’est imposée quasi naturellement. Elle sert de cadre à nos idées, interventions et propositions. Nous nous sommes interrogés sur les questions de gouvernance des territoires ; en particulier sur la question de l’association des citoyens à celle-ci et de l’intégration de l’agriculture, attente sociale et injonction réglementaire. Nous avons été – et sommes constamment confrontés aux questions de qualité des produits, de choix de ces mêmes produits en prenant en compte des critères (et des notions) comme le terroir. Ce sont là, parmi d’autres, quelques uns des sujets que nous développerons dans quelques articles qui s’échelonneront au fil des prochains n° de notre journal. Nous y aborderons également, en fonction de leur avancement, un ou plusieurs projets locaux dans lesquels nous sommes impliqués à des titres divers.

Véronique et Denis NOURIGAT

Il semblerait que l’on s’habitue à tout …

Article publié dans le n° 137 de Confluences 81 (mars 2019)

 Au début de la locomotive à vapeur, après 1804, nombreuses étaient les voix qui s’élevaient pour en dénoncer les horreurs : une infrastructure qui modifie les paysages et l’occupation des terres, odeurs et fumées pestilentielles, bruit infernal, dangerosité…

Et puis quand la voiture individuelle à moteur à explosion est arrivée alors certaines voix se sont faites entendre pour dénoncer ces dangers mécaniques et ces bourgeois hautains qui écrasaient, polluaient, empoussiéraient sans vergogne, regrettant ainsi les trains dont les déplacements étaient canalisés par les rails.

On retrouve la même idée dans l’opposition « autoroutes contre Ligne Grande Vitesse » pour les TGV. De même avec les sources d’énergie. Quand ont été construits les grands barrages hydrauliques pour produire de l’électricité, on a pu entendre l’expression de résistances légitimes à la noyade de prairies, de forêts et de villages entiers.

Mais quand les centrales nucléaires sont arrivées, alors on s’est mis à regretter les bons vieux barrages hydrauliques considérés alors « pas si nocifs que ça » (sauf pour les concerné-e-s).

Puis sont arrivées les éoliennes géantes (+ de 100 m de haut) modifiant à leur tour les paysages, tuant des oiseaux et perturbant les chauves-souris, tout en bétonnant des zones jusque-là épargnées.

Alors certains se mettent à tolérer la présence du danger nucléaire en luttant contre les moulins à vent modernes (alors qu’on peut lutter contre les 2 à la fois, comme symptômes d’une société de croissance en quête de toutes les sources possibles de production d’énergie pour le profit de quelques-uns). Dénonçant les extractions de métaux précieux et des terres rares pour les innombrables batteries de stockage d’électricité on va en venir à être nostalgiques du plomb.

Je m’inquiète vraiment de ce qui va nous faire regretter les éoliennes et les voitures individuelles !

Patrice K

On aurait découvert des humains intelligents !

Tribune libre publiée dans le n° 137 de Confluences 81

L’information est à prendre au conditionnel, tant elle semble étonnante : on aurait découvert des humains communicants et, chose plus incroyable encore, intelligents… D’après nos premières investigations, ces individus seraient capables de lire l’index de leurs compteurs électriques sans être connectés à un écran d’ordinateur ou de smartphone. Il semblerait même qu’ils aient la faculté de réduire leur consommation d’énergie sans compteur intelligent. Les plus ingénieux éteindraient leurs appareils en veille et isoleraient leur maison. Les radicaux, quant à eux, revêtiraient un pull en hiver. Quelques-uns, parmi les plus intégristes, se passeraient même de congélateur, voire de frigo pour les fondamentalistes. Nous les avons suivis dans leurs activités quotidiennes afin de mieux saisir toute l’étendue de leur génie. Ce qui nous a frappés, d’emblée, c’est leur capacité à communiquer sans passer par un écran ou un smartphone. Ainsi, cette espèce serait pourvue d’une aptitude à la parole de visu, sans aucune assistance électronique. A ce don, s’ajouterait celui des gestes, des mimiques et des émotions, ce que nous appellerons la « communication non verbale ». Certains s’écriraient des lettres à la main qu’ils insèrent dans des enveloppes. Ils seraient même en mesure de lire des livres en papier et se passeraient ainsi des liseuses numériques. Ce qui semblerait guider ces humains, c’est le plaisir de partager des moments de vie réelle avec leurs semblables. Ils seraient, à proprement parler, connectés entre eux par tous les sens, ainsi qu’au monde qui les entoure. Ne disposant pas de téléphone intelligent, ils pourraient soutenir des conversations sans être interrompus par une sonnerie ou par une vibration, sans être contraints de devoir répondre à des dizaines de messages. Ils seraient pleinement présents à l’instant et au lieu où ils sont, prendraient le temps de contempler les arbres, de réfléchir et même de ne rien faire. Leurs faits et gestes ne seraient pas surveillés en permanence. Ayant refusé d’être assujettis à un portable, ne disposant pas de carte de crédit ou de fidélité, n’étant inscrit sur aucun réseau social, ils auraient à cœur de préserver leur vie privée et leur intimité. Apparemment, leur santé serait tout à fait correcte, alors qu’ils ne sont dotés d’aucun capteur corporel connecté. Leur denture ne présenterait aucun problème majeur, bien que non entretenue par une brosse à dents intelligente. Quant à leur sommeil et à leurs facultés cognitives, ils seraient nettement au-dessus de la moyenne. D’après nos premières estimations, l’espérance de vie de cette catégorie d’humains sans prothèse serait supérieure de sept ans et quatre mois par rapport au reste de la population. Quant à l’espérance de vie en bonne santé, la différence serait de plus de douze années en faveur des humains non connectés aux réseaux sans fil. Si ces informations s’avéraient confirmées, elles marqueraient un tournant dans l’évolution de l’espèce. Ces humains intelligents et communicants pourraient bien être les précurseurs d’une humanité perfectionnée, en bonne santé, équipée d’un cerveau opérationnel et susceptible de pourvoir à ses besoins sans être dépendante d’un système technologique de plus en plus fragile, toxique et intrusif. Nous allons poursuivre nos recherches afin de mieux appréhender l’ampleur du phénomène et ses évolutions.

Dépêche de l’aéronef 6222, depuis la Terre, pour la planète Médianus de la galaxie Z43, le 24 septembre 2022, conformément au calendrier terrestre.

Frédéric Wolff