A69, l’autoroute contre son temps !

Article publié dans le n° 178 de Confluences 81*

Un Etat qui ne sait plus reculer :

Il y a des projets qui avancent parce qu’ils sont utiles. Et d’autres qui avancent parce que personne, surtout pas l’État, n’a prévu la marche arrière.

L’A69 appartient à la seconde catégorie. Mois après mois, jugement après jugement, elle s’est imposée comme une chronique de l’acharnement public, un feuilleton où le droit sert moins à arbitrer qu’à accompagner ce qui est déjà décidé.

Il faut désormais le dire sans détour : l’A69 n’est plus un projet d’aménagement, c’est une démonstration de force. Une autoroute imposée, maintenue, relancée, non parce qu’elle est indispensable, mais parce que renoncer serait reconnaître une erreur. Or l’État français ne renonce pas ; il persévère, surtout quand il a tort. Et, avec lui, l’ensemble des partisans de ce projet s’enferre dans cet entêtement.

Du coup d’arrêt juridique à la relance judiciaire :

En février 2025, le tribunal administratif de Toulouse prononce un coup d’arrêt spectaculaire : l’autorisation environnementale de l’A69 est annulée. Les juges (féminines) regardent la réalité en face : une autoroute parallèle à une route existante, destructrice de terres agricoles et d’écosystèmes, n’est pas une nécessité vitale. Elles estiment que le projet ne répond pas à la fameuse “raison impérative d’intérêt public majeur”, condition pourtant indispensable pour autoriser la destruction d’espèces protégées. Le chantier s’arrête. Ce jugement fait date. Il rappelle que le droit de l’environnement n’est pas un simple habillage procédural, mais un garde-fou réel. Pour les opposants au projet, engagés depuis 2007 ou plus récents, c’est la confirmation que ces années de contestation n’étaient ni idéologiques ni marginales, mais solidement étayées. Cette suspension du chantier ouvre alors une brèche politique. Des voix évoquent depuis longtemps d’autres solutions : amélioration de la RN126, réinvestissement ferroviaire, mobilité adaptée aux territoires plutôt qu’imposée. A Confluences 81, nous nous en faisons l’écho et nous insistons sur la portée plus large du jugement : il ne s’agit pas seulement d’une autoroute, mais d’un modèle d’aménagement à bout de souffle, fondé sur l’artificialisation, la concession privée et la promesse incantatoire du “désenclavement”.

dessin de Kalié , pour Confluences 81

il ne s’agit pas seulement d’une autoroute, mais d’un modèle d’aménagement à bout de souffle, fondé sur l’artificialisation, la concession privée et la promesse incantatoire du “désenclavement”.

Le combat contre l’A69 est un exemple de résistance collective à long terme face aux choix d’aménagements imposés. Le pouvoir, qu’il s’agisse du local, du régional ou du national, encaisse mal. Les juges (masculins) de la cour d’appel administrative trouvent rapidement la parade : un “sursis à exécution autorisant la reprise partielle du chantier”. Officiellement technique, provisoire, encadrée. En réalité politique, offensive, assumée. Il ne s’agit plus seulement de construire une autoroute, mais de reprendre la main. Montrer que le pouvoir n’est pas à genoux devant un tribunal administratif. Les engins reviennent, les nuisances aussi. Bruit, poussières, dégradations, circulations détournées. Très vite, les erreurs du concessionnaire s’accumulent. Emprises dépassées, zones mal balisées, destructions discutables, engagements environnementaux interprétés avec souplesse, travail hors des horaires légaux et sans dérogation. Rien d’exceptionnel, dira-t-on. Sauf que cette fois, chaque écart prend une portée politique. Car le chantier n’est plus seulement sous surveillance administrative : il est devenu un symbole.

Dans ce climat tendu, un autre phénomène émerge, plus inquiétant encore : la radicalisation verbale et comportementale de certains “pro-autoroute”. Menaces, intimidations, provocations ciblées contre des opposants identifiés. Rien d’organisé officiellement où la contestation devient suspecte, presque illégitime : il s’agit de disqualifier les opposants, les isoler, les exposer.

Face à un jugement qui dérange, certains élus n’imaginent pas de corriger le projet. Ils préfèrent corriger le droit. Une tentative de dépôt de loi dite de validation, à portée rétroactive, apparaît alors dans le débat public, visant à neutraliser les fondements mêmes de la décision de février 2025. Autrement dit : changer les règles après la partie, pour éviter d’avoir à reconnaître une défaite. Quand la justice devient un obstacle, on cherche à la contourner par la loi. Peu importe que la rétroactivité soit juridiquement contestable. Peu importe le précédent démocratique. Rien, pas même une décision de justice, ne doit entraver un projet politiquement sanctuarisé. Cette séquence dit tout de l’A69. Un projet maintenu non, mais un air de déjà-vu : celui d’une violence tolérée parce qu’elle va dans le sens du projet. L’autoroute, décidément, ne se contente pas de bétonner les sols ; elle durcit aussi les rapports sociaux. Climat délétère, par sa pertinence, mais par une fuite en avant. Un chantier qui reprend contre le jugement, contre le climat, contre une partie du territoire. Une autoroute qui avance comme une défaite politique, avant d’être achevée.

Le 30 décembre 2025, pendant que le pays regarde ailleurs, la cour administrative d’appel de Toulouse réhabilite l’A69. La “raison impérative d’intérêt public majeur” réapparaît, élargie, assouplie, presque extensible. Désenclavement, attractivité, sécurité : les mots sont connus, éprouvés, interchangeables. Ils ont servi ailleurs, ils servent encore. Peu importe que la route existe déjà, peu importe les alternatives jamais sérieusement étudiées : l’autoroute redevient nécessaire parce qu’il faut qu’elle le soit. Précédent dangereux, mais surtout renoncement écologique maquillé en réalisme, qui confirme un modèle autoritaire de l’aménagement, où la participation s’arrête là où commence la concession.

Et pourtant, même ainsi sanctuarisée, l’A69 avance de travers. Le 11 janvier 2026, une nouvelle décision judiciaire rappelle ce que l’État feint d’oublier : l’autorisation n’est pas un blanc-seing. Occupations de 88 ha hors emprise, passages en force, règles contournées. La justice ordonne des évacuations. Le projet est légal sur le papier, bancal sur le terrain.

Symbole parfait. Car l’A69 n’est pas seulement contestée, elle est fragile. Fragile juridiquement, fragile politiquement, fragile moralement. Elle progresse par inertie, par accumulation de faits accomplis. Face à elle, une mobilisation qui sait qu’elle a raison trop tôt.

Un projet dépassé, un avenir à redéfinir

Si l’autoroute finit par être achevée, elle ne reliera pas seulement Toulouse à Castres. Elle reliera surtout un pouvoir à son passé, et laissera derrière elle une question sans réponse : combien de kilomètres faudra-t-il encore pour admettre qu’on s’est trompé de direction ?

Si l’autoroute voit le jour, elle restera comme le monument d’un refus : celui d’entrer réellement dans le temps présent.

Cette affaire illustre la fracture profonde entre la logique des grands projets d’infrastructures et les aspirations environnementales et sociales montantes. Alors que les juges administratifs ont, à trois reprises, reformulé leur position sur la légalité du projet, les opposant.e.s n’ont pas renoncé à faire valoir des arguments sur le plan juridique, territorial et écologique. Outre le pourvoi en cassation  devant le Conseil d’Etat, d’autres recours sont en préparation. Si l’automobile et l’autoroute semblent aujourd’hui confortées par certains arrêts, la mobilisation citoyenne et associative porte une question plus large : quelle voie voulons-nous pour nos territoires. La véritable alternative ne réside pas seulement dans l’abandon du projet mais dans l’élaboration de modèles territoriaux alternatifs :

  • mobilité multimodale,
  • revitalisation des lignes ferroviaires régionales,
  • réaménagement de la RN126 existante,
  • protection des terres agricoles et naturelles plutôt que leur artificialisation,
  • investissements dans les mobilités du quotidien,
  • soutien à l’économie locale non délocalisable.

Ce sont ces choix-là qui créent de l’emploi durable, renforcent l’attractivité et respectent les habitants.

Oui, une Autre Voie est possible ! .

Jean Fauché

“Au nom du maintien de l’ordre – Reculez”

Nous organisons, en partenariat avec Amnesty International, une projection du documentaire “Au nom du maintien de l’ordre – Reculez” de Paul Moreira. Le rendez-vous est fixé ce jeudi 12 février à 20h30 au cinéma de Labastide-Rouairoux.

Le film aborde la question de la militarisation croissante des forces de l’ordre face aux mouvements sociaux, en France et aux États-Unis.

La séance sera suivie d’une rencontre avec Marilyn Beaufour, du groupe Amnesty International Castres-Mazamet

Echos-ci Echos-là

Philo à LAGRAVE : Utopie. . .Laicité. . .

Dernière projection du film dans le Tarn, ce mardi soir, dans sa version actualisée. L’occasion d’échanger sur les circonstances actuelles en Grèce (je viens de rentrer), en France et ailleurs, et d’évoquer les perspectives.

Salle des fêtes de Lagrave (entre Gaillac et Albi, accès et stationnement très facile, 30mn de Toulouse et de Castres). Participation libre. Buvette, café, tisanes grecques, gâteaux grecs et surprises !

Yannis YOULOUNTAS

Deux poèmes pour 2026. . .

Rouges encore nos chandelles brûlantes

Plus destinées que l’heure

Et ne sachant pas vraiment

Qu’à côté du temps qui passe

La peste brune revient peu à peu

Mais pareil à l’espace bleu

Nous pouvons tisser les ailes du monde

Enlacer la mer et la fine perle des saisons

Ouvrir nos cœurs aux herbes magiques

Pour reverdir la révolutionnaire chanson

André PRONE

Nouvel An avant l’heure

Est-ce un mot ancien que le monde répète

tel un souffle épuisé d’une prière sans fin ?

Que reste-t-il du Nouvel An

quand l’Europe retient son souffle au bord du chaos

et que la paix en Palestine n’est plus qu’un nom gravé

sur la pierre froide d’une fosse commune ?

Est-ce le temps qui renaît

ou seulement un calendrier usé et flasque

qui tourne ses pages

sans y lire les corps brisés

les cris mêlés aux larmes

sourd à la lâcheté muette

où le monde consent à l’irréparable ?

En ce jour que l’on nomme renouveau

je me tiens face à la fragilité du mot espérance

comment célébrer le passage du temps

quand l’humanité elle-même s’effondre sur ses ruines ?

Comment parler d’avenir

quand l’Europe s’avance en titubant vers la guerre

quand la paix en Palestine est mutilée

ensevelie en silence complice sous les décombres ?

Et que dire

des charniers où le peuple soudanais s’efface lentement

non sous le poids de l’oubli

mais sous le souffle glacial de l’indifférence humaine ?

Le Nouvel An

ne pourrait être pour moi

ni simple rituel

ni une fête éclairée par l’oubli volontaire.

Il ne saurait être innocent

il se doit d’être un serment — un cri — un combat.

Un engagement où je choisis la vie

quand la mort devient banale

où je défends la dignité

quand elle dérange les intérêts des assassins

où je protège l’humain

quand les idéologies et la foi le piétinent.

Là où l’on compte les morts — qui sont pourtant nos frères

je refuse l’arithmétique du désastre

et choisis de compter

les consciences des éveillés.

Là où l’on fabrique la guerre

je rappelle et je crie que la paix

n’est ni faiblesse ni naïveté

mais l’acte le plus courageux

le plus noble dans un monde qui y a renoncé.

Si le Nouvel An a encore un sens

qu’il soit pour moi celui d’un refus :

refuser l’oubli organisé

refuser l’indifférence confortable

refuser que la souffrance des peuples

devienne le décor familier de l’histoire.

Et qu’il soit aussi une promesse — fragile, obstinée et humaine :

Celle de rester un être debout comme une lance

quand le monde vacille

et alors que le temps lui-même

semble perdre la mémoire..

Salah Al Hamdani

24 décembre 2025

Une soirée avec “Et pourquoi pas ! ” à LAGARRIGUE :

Vendredi 5 décembre 2025 à 20h30
la MJC de Lagarrigue
rencontre musicale et solidaire avec le groupe Et pourquoi pas !

Chansons à textes, des paroles qui touchent, des voix qui portent et surtout, une ambiance vitaminée, généreuse et pleine d’humour.

Et pourquoi pas! c’est une bande de copains talentueux et cabotins, qui ne se prennent pas au sérieux — mais qui sont sérieusement drôles. Sur scène, ils mêlent musique et malice, émotion et énergie, pour un moment à partager sans modération.

Soirée en soutien à la MJC de Lagarrigue, lieu de vie, de culture et de lien social.
L’entrée est à participation libre : chacun donne ce qu’il peut, chacun reçoit ce qu’il veut. Ce qui compte, c’est d’être là.

Les fonds récoltés contribueront directement à maintenir les activités de la MJC, à soutenir ses intervenants, et à préserver ce lieu essentiel pour tous les publics, les familles et les initiatives locales.
En participant, vous aiderez concrètement à faire vivre le projet collectif de la MJC.
“Et Pourquoi pas !” vont chanter à titre totalement bénévole.

Venez nombreux, nombreuses, venez curieux, curieuses : cette soirée, c’est la vôtre. Et pourquoi pas ?

“Remettre des ours”. . . Projection à Fontrieu (81)

Projection du court-métrage documentaire “Remettre des ours” du collectif Turbo Silence, suivie d’une discussion avec les membres du collectif.


21h (durée 1h), prix libre, le samedi 7 juin. 
Remettre des ours raconte la longue et sinueuse histoire des réintroductions d’ours dans les Pyrénées françaises, des années 1980 à nos jours. Pastoralisme, institutions étatiques et cultures locales se croisent dans ce documentaire qui essaye, tant bien que mal, de sortir de la division « pro » et « anti », souvent ressassée dans les questions de réintroduction.

Programme du samedi 7 juin :

A partir de 17h, marché gourmand de producteurs et buvette associative 

A partir de 19h, guinguette fermière 

A 21h, projection du court-métrage remettre des ours et discussion

Lieu-Dit la Grange

16 Hameau de Baffignac

81260 Fontrieu 

Tel :06.11.85.34.41

-- Transmis par la Confédération Paysanne 81

“Mélancolie Ouvrière”. Aux Femmes militantes !

Un rendez-vous proposé par l’ITHS* :

Le 20 mars 2025 à 20h, à Labruguière, dans le cadre de nos journées des femmes militantes, organisées tous les ans depuis plus de 10 ans, nous projetterons “Mélancolie Ouvrière” avec en suivant un débat avec Maryse Dumas, ancienne secrétaire confédérale et membre du bureau de l’IHS.

Le film relate l’histoire de Lucie BAUD, une des premières femmes syndicalistes du textile, d’après le livre de Michèle Perrot.

  • ITHS : Institut Tarnais d’Histoire Sociale