Rouges encore nos chandelles brûlantes
Plus destinées que l’heure
Et ne sachant pas vraiment
Qu’à côté du temps qui passe
La peste brune revient peu à peu
Mais pareil à l’espace bleu
Nous pouvons tisser les ailes du monde
Enlacer la mer et la fine perle des saisons
Ouvrir nos cœurs aux herbes magiques
Pour reverdir la révolutionnaire chanson
André PRONE
Nouvel An avant l’heure
Est-ce un mot ancien que le monde répète
tel un souffle épuisé d’une prière sans fin ?
Que reste-t-il du Nouvel An
quand l’Europe retient son souffle au bord du chaos
et que la paix en Palestine n’est plus qu’un nom gravé
sur la pierre froide d’une fosse commune ?
Est-ce le temps qui renaît
ou seulement un calendrier usé et flasque
qui tourne ses pages
sans y lire les corps brisés
les cris mêlés aux larmes
sourd à la lâcheté muette
où le monde consent à l’irréparable ?
En ce jour que l’on nomme renouveau
je me tiens face à la fragilité du mot espérance
comment célébrer le passage du temps
quand l’humanité elle-même s’effondre sur ses ruines ?
Comment parler d’avenir
quand l’Europe s’avance en titubant vers la guerre
quand la paix en Palestine est mutilée
ensevelie en silence complice sous les décombres ?
Et que dire
des charniers où le peuple soudanais s’efface lentement
non sous le poids de l’oubli
mais sous le souffle glacial de l’indifférence humaine ?
Le Nouvel An
ne pourrait être pour moi
ni simple rituel
ni une fête éclairée par l’oubli volontaire.
Il ne saurait être innocent
il se doit d’être un serment — un cri — un combat.
Un engagement où je choisis la vie
quand la mort devient banale
où je défends la dignité
quand elle dérange les intérêts des assassins
où je protège l’humain
quand les idéologies et la foi le piétinent.
Là où l’on compte les morts — qui sont pourtant nos frères
je refuse l’arithmétique du désastre
et choisis de compter
les consciences des éveillés.
Là où l’on fabrique la guerre
je rappelle et je crie que la paix
n’est ni faiblesse ni naïveté
mais l’acte le plus courageux
le plus noble dans un monde qui y a renoncé.
Si le Nouvel An a encore un sens
qu’il soit pour moi celui d’un refus :
refuser l’oubli organisé
refuser l’indifférence confortable
refuser que la souffrance des peuples
devienne le décor familier de l’histoire.
Et qu’il soit aussi une promesse — fragile, obstinée et humaine :
Celle de rester un être debout comme une lance
quand le monde vacille
et alors que le temps lui-même
semble perdre la mémoire..
Salah Al Hamdani
24 décembre 2025


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