Dialogue n° 7 de Jacques et de son Maître

109 page 5 le maire de Saillans photo Le MondeDialogue n° 7 : tous maires !

Jacques et son maître traversèrent sans s’arrêter la grande ville de Lyon et longèrent la vallée du Rhône en direction du sud. Ils envisageaient de joindre l’Aveyron en passant par les gorges du Tarn, obliquant vers l’ouest après Montélimar. à Vienne, ils songèrent un instant se diriger vers Grenoble. Selon ce qui se disait, de grands changements venaient de s’y produire. D’un commun accord, ils remirent à plus tard la visite de cette ville, afin, disait Jacques « de laisser aux nouveaux venus le temps de faire leurs preuves ».

À Valence, ils quittèrent le fleuve majestueux en direction de Die où, selon le maître de Jacques, une fameuse clairette leur tendrait ses flûtes. Peu après Crest, sur les bords de la Drôme, ils tombèrent fortuitement sur Saillans. Surpris par la douceur de l’air et l’activité bourdonnante des habitants, ils y découvrirent une forme d’auto-gouvernement étonnante.

Remontant en selle quelques jours plus tard, le dialogue reprit.

Le Maître : Quels magnifiques couchers de soleil sur le Vercors ! J’en suis tout ébaubi.

Jacques : Certes, mon bon maître, mais est-ce là ce qui vous a frappé et intéressé ?

Le Maître : J’ai aussi remarqué que le maire était étrangement vêtu et se déplaçait sur une drôle de monture[1] !

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Dialogue n° 6 de Jacques et de son Maître

105 page 11 ALTERNATIBA afficheDialogue 6 : démocratie, autogestion et politique

Le soleil aidant, le dialogue reprit.

Le Maître : Jacques , tu as évoqué la perspective de la fin de l’Ancien Régime. Je verrais bien une monarchie constitutionnelle, avec un Parlement qui voterait les lois et un Roi qui serait garant de leur exécution.

Jacques : Pourquoi pas une République ?

Le Maître (avec humeur) : Inimaginable ! Comment les gueux pourraient-ils gouverner un pays comme le nôtre ?

Jacques : S’ils sont capables de gouverner Saint Martin, pourquoi pas à un autre niveau ?

Le Maître : Tu ne peux nier qu’à grande échelle, la politique est affaire de spécialistes, d’experts ?

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Dialogue n°5 de Jacques et son Maître

DES_MA1-300x300DIALOGUE 5 : une expérience communale du futur

Nous avons laissé nos deux héros en novembre dernier à l’entrée de la commune libre de Saint-Martin[1]. Depuis, Jacques et son Maître se sont installés dans une auberge autogérée où, à la surprise de ce dernier, l’ensemble du personnel jusqu’à la dernière soubrette est propriétaire de son outil de travail. Au fil des jours – et des mois ! – ils ont visité la ville, regardé les gens vivre, écouté leurs abondantes discussions, participé à leurs assemblées populaires, essayé de saisir en quoi l’autogestion communale pouvait modifier les comportements et tout simplement la vie des Saint-Martinois. Tout ayant une fin, nous retrouvons Jacques et son Maître, chevaux sellés, en chemin vers d’autres cieux. Naturellement, le dialogue se renoue.

Le Maître : Jacques, pourquoi ne pas m’avoir dit qu’un autre monde existait ailleurs que dans ta tête ?

Jacques : Parce que, mon bon Maître, vous ne m’auriez pas cru et que rien ne vaut de voir et de toucher l’expérience.

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Dialogue n° 4 de Jacques et de son Maître

104 page 5 utopieDialogue 4 : Saint Martin

 

Nos deux héros apercevant au loin les premières maisons de Saint Martin, les lèvres du Maître de Jacques s’entrouvrirent pour la première fois depuis leur départ matinal.

 

Le Maître : Jacques pourquoi diantre m’amener dans cette bourgade ?

Jacques : Parce que, mon bon maître, contrairement à bien des beaux parleurs qui « n’ayant pas la force d’agir, dissertent »[1], ici, ils agissent !

Le Maître : Jacques, cesse d’abuser des anachronismes, cela va finir par lasser nos lecteurs… Qu’allons-nous trouver de si extraordinaire ?

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Dialogue n° 3 de Jacques et de son Maître

105 page 5 Aupetitgendre couvertureDialogue 3 : alors, on boude ?

Hélas, dès les premières lieues, Jacques comprit que son Maître était plongé dans ses pensées et qu’il serait ardu et téméraire de l’amener à desserrer les dents. Trois ou quatre questions sur l’individualisme et la solidarité, sur le travail et son utilité, sur la gratuité des biens de consommation courante et la toute puissance du marché mondialisé, sur le rôle des banques dans notre vie de tous les jours restèrent sans le moindre écho…

Jacques demanda alors à son Maître s’il avait déjà posé ses bagages dans la commune libre de Saint-Martin. Celui-ci resta muet. « Peut-être pourrions-nous y passer ? Le détour ne serait pas bien grand… » ajouta-t-il. Feignant de prendre le silence de son Maître pour un acquiescement, Jacques tourna la bride de son canasson vers la gauche et nos deux voyageurs prirent en douceur la direction annoncée.

Candida Rouet (à suivre !)

 

Dialogue n° 2 de Jacques et de son Maître

Dialogue 2 : un petit déjeuner « relocalisé »

De jeunes rappeurs ayant animé la nuit de l’auberge jusqu’à fort tôt le matin, Jacques et son Maître s’installèrent au soleil de la terrasse pour déjeuner avant de reprendre la route. L’aubergiste leur apporta une tranche de lard fumé et deux œufs frits de production locale. Café, tartines et beurre à volonté. Jacques s’étirait de plaisir et son Maître retrouva le sourire.

Jacques : Rien de tel qu’un petit déjeuner paysan pour vous remettre d’une folle nuit !

Son Maître : à 10 € par personne, service compris. Nous sommes encore loin de la gratuité dont parlions hier !

Jacques : Certains refusent le terme « gratuité » et préfèrent l’expression « libre accès aux biens essentiels ».

Son Maître : Qu’est-ce que cela change ?

Jacques : Mon bon Maître, cela suppose que chaque citoyen a le devoir de contribuer par son travail à ce libre accès de tous aux biens essentiels…

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Dialogue n°1 de Jacques et son Maître : à la recherche d’une auberge

102 page 5 Jacques le FatalisteDialogues : le 1er « à la recherche d’une auberge »

Ayant appris, les nouvelles courant à la vitesse du cheval Findus au galop, qu’Hubert souhaitait ouvrir une nouvelle rubrique dans Confluences 81, Candida a téléphoné à son compère Denis (Diderot) pour obtenir son feu vert afin de pasticher quelques uns de ses dialogues. Elle a choisi comme personnages Jacques le Fataliste et son maître pour incarner l’un le cœur et l’autre la raison. Mais vous le savez bien, la vie n’est pas aussi simple ! Ci-dessous le 1er dialogue. (Confluences 81 n° 102 mai 2013)

La rédaction

Dialogue 1 : à la recherche d’une auberge

Tout en chevauchant côte à côte, Jacques et son Maître s’abandonnèrent à leur péché mignon, la discussion politique…

Jacques : Je rêve d’un monde où tout serait gratuit…

Son Maître : Mon bon Jacques, tu sais bien que c’est impossible !

Jacques : … un monde où chacun disposerait d’un toit, chauffé l’hiver, un monde où l’électricité pour m’éclairer, l’eau pour boire et me laver, l’éducation pour mes enfants, les médicaments pour nous soigner seraient gratuits. Un monde…

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La Foire aux Dieux

Pourquoi pas un Dieu du « H-Chiche ! » ? un Dieu « De-vin » nouveau ?

 

Ce texte est précédé d’une petite note explicative diatribe contre tout théiste exaltant le sang, le misérabilisme. Contre tout théisme dépourvu d’humour et de rire si « sain ».

Hommage au grand poète et humaniste Espagnol Federico Garcia Lorca.

 

Surtout pas un dieu de sang Nom de dieu !

Je me préfère sans dieu, nom de dieu !

Et encore moins un dieu de toussaint

Y’a bien assez de « crise-en-thème » et de crise en tout nom de dieu !…

 

Non ! Non ! Pas un dieu qui donne des crises de fois, de foie, de foi…

Pas plus qu’un dieu “sans-gland” …

De même que Federico Garcia Lorca : « Non je n’aime pas le sang » !

 

Alors, histoire de rigoler je me suis inventé un Dieu ;

Je lui ai même donné un nom, un nom de dieu évidemment…

Un Dieu qui « sang-fait-pas »…

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Moi non plus je ne suis pas Charlie

Un sentiment de malaise à chaque fois qu’une majorité se lève, et que Panurge se réveille… Un sentiment de malaise parce qu’il serait moralement inadmissible de ne pas être Charlie (au delà du ridicule de cette assertion qui voudrait que je sois quelqu’un d’autre que moi-même).

Charlie serait devenu le symbole d’une certaine liberté d’expression qu’on ne saurait attaquer. On ne peut pas leur reprocher de se mouiller c’est vrai, et j’avoue que la provocation me fait rire. Je garde quand même un certain malaise venant du temps où Philippe Val, cet arriviste, était aux manettes. Siné en a payé les pots cassés, et voir P. Val au bord des larmes face caméra, me pousse à me poser la question de sa sincérité.

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Charlie et les sales types (texte d’Eveline Grieder)

113 page 15 double peine pour CharlieDepuis mercredi, c’est une avalanche de sentiments mélangés à des bribes de pensées, de tentatives de réflexion, qui envahissent beaucoup d’esprits, dont le mien.

Je suis, comme beaucoup, KO, abasourdie, hébétée, stupéfaite, infiniment triste, et pourtant, depuis le même jour, et surtout depuis hier, un rayon d’espoir se faufile au milieu de la confusion, à la vue de l’incroyable réaction populaire, mais aussi intellectuelle, venant de notre société debout sous le choc, mais aussi du monde entier.

Ce qui fait chaud au cœur, c’est l’extraordinaire revendication, au travers du slogan-symbole Je suis Charlie, de ce droit fondamental à la liberté d’expression que notre Révolution Française a hissé au rang de trésor le plus précieux de l’homme, et que toute notre tradition d’insolence, d’irrévérence gauloise, de farouche indépendance vis-à-vis des puissants, a constitué comme patrimoine de notre esprit républicain, afin que le rire surplombe la colère ou la peur.

Que ce droit à la totale audace créatrice soit relayée par les citoyens d’innombrables pays est profondément réjouissant, car, dans une période difficile, la joie assumée nous fait nous sentir bien vivants, et cela signifie aussi que le rayonnement français à propos de valeurs universelles a toujours de la force.

Un journaliste espagnol a écrit, juste après la tuerie à Charlie Hebdo : « le monde est devenu si sérieux qu’il devient dangereux de rire »…

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