Confluences 81 n° 141 : Marie Gouze (1748-1793)

dite « Olympe de Gouges » fédéraliste anti-esclavagiste et anti-jacobine.

Initialement j’avais envisagé de ne pas écrire sur Olympe de Gouges, personnage déjà longuement documenté, je préférais écrire sur les femmes injustement méconnues. L’envie de rendre femmage* à Olympe de Gouge fut plus fort que mon objectif initial mais pour cela j’ai choisi un biais moins souvent abordé : la volonté d’abolir l’esclavage et l’anti-jacobinisme d’Olympe de Gouges. Comme vous le savez très certainement, Olympe de Gouges est née à Montauban, le 7 mai 1748. Mariée à 17 ans avec un homme de 30 ans plus âgé qu’elle, elle se retrouve rapidement enceinte. Quelques mois après avoir donné naissance à Pierre, elle se retrouve veuve, son époux ayant été emporté par une crue du Tarn. Elle décide alors d’aller rejoindre une de ses sœurs et de vivre à Paris.

Paris : début d’une carrière littéraire Là, elle rencontre le directeur d’une compagnie de transport qui la soutint financièrement, ce qui lui permit d’entamer une carrière littéraire, notamment dans le théâtre (sa situation de veuve lui permit de pouvoir publier ses ouvrages sans s’encombrer de l’autorisation maritale alors obligatoire).

Dès 1875, elle monte une pièce, initialement intitulée « Zamore et Mirza ou l’heureux naufrage** » qui lui valut quelques soucis avec des partisans de l’esclavage et des colonies françaises.

En 1788, elle rédige « Réflexions sur les Hommes Nègres », un essai sur la condition d’esclave et devient rapidement proche de la « Société des Amis des Noirs » qui se constituait la même année. Sensible aux injustices et à la misère, elle proposa l’instauration de maternités pour que les femmes accouchent dans de meilleures conditions, d’ateliers pour les chômeurs et de foyers pour les indigent-e-s.

En avril 1790, pendant la Révolution Française, elle publie une seconde pièce abolitionniste « Le Marché des Noirs ». Au même moment elle se positionne favorablement au droit au divorce. Le 5 septembre 1791, sur le même modèle que la « Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen », elle publie « La Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne » adressée à la reine Marie-Antoinette, en vue d’être présentée à l’Assemblée Législative du 28 octobre de la même année espérant qu’elle y soit adoptée. Hélas pour elle, la Convention ne daigna même pas y consacrer du temps. Pour Olympe de Gouges, les femmes ont les capacités d’assumer des tâches jusque-là réservées aux hommes, et elle souhaitait que celles-ci soient associées aux débats politiques. La grande majorité des leaders révolutionnaires d’alors ne partageaient pas son enthousiasme.

En avril 1792, alors proche des « Montagnards », elle exprime son refus de voir la France entrer en guerre contre l’Archiduc d’Autriche François II de Habsbourg et à la fin de la même année elle s’oppose à la mise à mort du roi Louis XVI (mais au début de l’année 1793, elle change d’opinion et souhaite la mort du roi et de toute sa famille). Elle s’éloigne des Montagnards

Après les massacres de septembre 1792, elle accuse Marat et Robespierre de faire couler le sang et devient une farouche adversaire des Montagnards qu’elle soupçonne de vouloir instaurer une dictature. Le 20 juillet 1793, elle publie « Les Trois urnes ou le salut de la Patrie par un voyageur aérien » sous forme d’affiche sur laquelle elle demande au peuple de s’exprimer sur 3 choix : une république une et indivisible, une république fédéraliste ou une monarchie constitutionnelle. Cette affiche d’Olympe de Gouge contrevient à la loi de mars 1793 qui interdit les écrits remettant en cause les principes de la république jacobine.

Le 6 août 1793, elle est condamnée par le Tribunal Révolutionnaire et envoyée en prison. Rejugée en novembre 1793 sous prétexte d’avoir voulue renverser la République, elle est condamnée à être guillotinée. Peut-être paie-t-elle là ses idées anti-esclavagistes allant à l’encontre des intérêts de certains bourgeois et ses propositions fédéralistes remettant en cause la république hiérarchisée et pyramidale. Le lendemain, elle monta sur l’échafaud en s’exclamant « Enfants de la Patrie, vous vengerez ma mort ! ». Après la reine Marie Antoinette, Olympe de Gouges elle est la deuxième femme guillotinée pendant la période révolutionnaire.

Olympe de Gouges est sans doute la plus célèbres des proto-féministes*** françaises. L’historienne Catherine Marand-Fouquet a milité à sa façon pour faire sortir Olympe de Gouges de l’oubli. Notamment en réclamant sa panthéonisation. En vain.

Patrice K

* Femmage est l’équivalent féminin de « hommage ».

** En 1792, cette pièce prend le titre de « L’esclavage des Noirs »

*** Proto-féministe : « féministe » avant que le terme ne soit inventé par Hubertine Auclert (vers 1875)

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